Edito

La Méthode ESPERE® et ses effets de retentissement in vivo. Ou, les bons côtés de la télé réalité-authenticité

15.09.2005 20:55 par Maryse Legrand

S’il est, à la télévision, une émission littéraire de fond, que je recommande – au passage – c’est bien « Le bateau livre » diffusée le dimanche matin sur France 5. Quand je peux, je ne la manque pas. Je venais de regarder celle de ce 11 septembre consacrée au thème du terrorisme – triste date anniversaire obligeant –, quand, sitôt le rideau du générique tombé, je prends connaissance d’un documentaire annoncé pour le soir même. Ce n’est pas son titre qui retient mon attention, pourtant, il pourrait me concerner puisqu’il y est question des nouvelles thérapies. Je suis plutôt captée par un court extrait, où je vois une jeune femme tenir une écharpe dans la main, par un bout, et parler tout en mimant son propos, d’un message qui circule par ce canal. Ce langage ne m’est pas inconnu. Je comprends qu’il va être question de la Méthode ESPERE® et je prends le temps le soir venu, de regarder cette émission.


Les nouvelles thérapies

 

Je ne m’attarderai pas ici, sur le fait que la Méthode ESPERE® y ait été présentée, (une fois de plus !) comme une thérapie. Je me contenterai d’apporter un rectificatif. Je rappelle que son auteur, en la personne de Jacques Salomé, – dont le nom, je l’ai déploré, n’a pas été mentionné – présente lui-même cette approche comme une méthode d’ordre pédagogique. Sa finalité est d’apprendre à se familiariser avec les principes et les enjeux de la communication et des relations humaines.
Je ne vais pas développer ce point. J’y reviendrai dans un prochain article qui aura pour but de le clarifier et de préciser que la Méthode ESPERE® n’étant pas une thérapie, elle n’est ni « nouvelle » ni « brève ».
Je m’en tiendrai ici à évoquer l’émission de Serge Moati en tant que concept, puis je commenterai plus particulièrement la séquence qui a été réservée à la Méthode ESPERE®.
Ce que j’ai retenu et apprécié dans ce documentaire, c’est un climat, une ambiance et un état d’esprit. La conception de cette émission vaut d’être remarquée : sa forme et le point de vue adopté par son présentateur ont valeur d’exemple à mes yeux. « Je vous adresse mes félicitations, Monsieur Moati. Votre implication personnelle et votre authenticité méritent un coup de chapeau ! »

Serge MoatiVoilà quelqu’un qui s’intéresse aux méthodes actuelles qui promettent ou permettent le mieux-être, voire le bonheur. Curieux de savoir « comment s’y retrouver dans le grand supermarché des thérapies» il tente de répondre à cette question en allant à la rencontre de quelques convaincus qui ont tenté pareilles expériences. Il ne se contente pas de les questionner sur leur recherche et leur parcours, mais en « bon gars (1) » qu’il est, il s’engage, se prête au jeu et teste lui-même en direct, sous l’œil intraitable de la caméra, quelques unes de ces approches. Nous le voyons « fouiller et farfouiller dans un grand sac à malice » et manier « des objets hétéroclites » alors qu’il expérimente la Méthode ESPERE®. Nous le retrouvons à l’œuvre dans un atelier d’art-thérapie, allongé sur un fauteuil en état hypnotique, bercé par la voix de Jane Turner, une psychologue et psychothérapeute américaine à Paris, ou bien participant à un groupe de thérapie par le rire, en plein air, au Jardin du Luxembourg.
En fin d’émission, il reconnaîtra « avoir aperçu des libertés nouvelles » qu’il « ne se connaissait pas. »
L’immersion est plutôt courageuse. « Tout marche, ça dépend comment on le prend… Tout remue. »

Le présentateur s’initiant à l’art-thérapie. J’ai trouvé particulièrement touchante la séance d’hypnose lorsque Serge Moati commence à ressentir les effets induits par l’état modifié de conscience. Il est visiblement troublé d’avoir à s’exprimer sous l’œil de la caméra et il nomme sa gêne humblement, en toute simplicité. J’ai pensé que si cet œil avait été doté d’une paupière, elle se serait sûrement abaissée à cet instant.
La séquence consacrée à la Méthode ESPERE® m’a tout particulièrement intéressée.
Un court extrait nous introduit tout d’abord dans un atelier animé par Aleth Naquet, formatrice et ex Présidente de l’Institut ESPERE International. Puis l’essentiel de la présentation filmée met en scène un travail en individuel mené par Caroline Houlbert, formée à la Méthode ESPERE® à Paris, qui a accepté cette interview.
Au début de la rencontre, la réaction de Serge Moati est plutôt mitigée. Il se montre sceptique, critique, amusé, un tantinet moqueur et un rien familier. Le ton est alerte et léger, il semble détaché, frise parfois la provocation. Il reste toujours respectueux.
Il parle par exemple du « côté folklorique du foulard » ( pour évoquer « l’écharpe relationnelle », cet outil emblématique de la Méthode ESPERE® qui sert à visualiser, c’est-à-dire à matérialiser et à rendre palpable cette « chose » invisible mais bel et bien réelle qu’est une relation). En naïf, il reformule avec bon sens, les propos de son interlocutrice : « Vous appelez Méthode ESPERE® l’expérience de toute personne qui se rapproche d’elle-même »
Il exprime ce qu’il ressent.
« Par "message" j’entends que vous faites un truc complètement plaqué.»
C’est un fait qui mérite d’être souligné : le vocabulaire de la Méthode ESPERE® est parfois perçu comme « artificiel » par les néophytes. Et à ceux qui l’emploient, le reproche est souvent adressé – au début surtout, quand ils commencent à pratiquer – de manquer de naturel et de spontanéité. Il arrive qu’ils donnent l’impression d’être « des adeptes entrés en secte ».
Caroline Houlbert n’échappe pas à une remarque de ce genre de la part du présentateur, même si le propos qu’il tient est somme toute, un « message JE » en bonne et due forme, positionné, personnalisé, contrasté et nuancé : « Je vous perçois presque comme quelqu’un d’une secte. C’est le contraire de quelque chose de l’ordre du doute. » Il faut dire qu’il adopte lui-même le scepticisme, au bon sens philosophique du terme, de celui qui interroge ses propres préjugés et ses certitudes.
En face de lui, et en lieu et place d’animatrice de séance, Caroline Houlbert ne perd pas le Nord, elle s’en tient à son objectif qui est de présenter la Méthode ESPERE® : elle la pratique, elle témoigne de son expérience et de son vécu.
« Moi j’ai besoin de ces choses concrètes. »
Elle ne se laisse pas démonter par les mises à l’épreuve de celui qui l’interview : « C’est ridicule, c’est con de me donner cet objet ». Elle ne semble pas atteinte par les répliques directes qui lui sont renvoyées lorsque son enthousiasme passionné pour la Méthode ESPERE® l’emballe : « Si c’était si magnifique on en entendrait parler tout le temps ».
Elle tient bon le cap et propose une visualisation des enjeux de la situation.
« Si vous voulez, on peut voir ce que ça a fait chez vous quand j’ai commencé à utiliser la Méthode ESPERE®.». Au cours de cette mise en scène qui consiste à explorer ce qui s’est passé, Serge Moati est invité à choisir un objet qui le représente, à en prendre un autre pour montrer le côté « poupée artificielle » qu’il perçoit chez Caroline Houlbert . Les diverses relations en jeu sont elles aussi, représentées.
À ce moment-là, un véritable « basculement » se produit, quand, – Serge Moati le confiera dans l’après-coup –, il « réalise que ça touche quelque chose de son histoire ». L’entrée en matière ludique, par la médiation des objets a visiblement contribué à créer un climat rassurant. Il s’est senti en sécurité, si bien que lorsque Caroline Houlbert lui a proposé d’évoquer ce que « ça a provoqué chez lui » il est passé sans trop de résistance.

  • du monde des représentations mentalisées et du temps de l‘ici et maintenant où il se trouvait : il évoque tout d’abord une impression de « discours plaqué », l’idée d’un « monde inhumain »
  • au registre du ressenti (émotionnel) puis à celui du retentissement (l’émotionnel reconnecté avec un événement du passé) : il se souvient d’une tante qui, lors d’un épisode marquant et crucial de sa vie familiale, alors qu’il avait 11 ans, a tenu vis-à-vis de lui un « discours plaqué ».


Ce moment de « basculement (2) » s’appelle en langage technique une régression, il ressemble étrangement, au fond, – et cette association me vient en écrivant ces lignes – à l’entrée dans l’état hypnotique. Il correspond à ce que je pourrais appeler le « basculement »

  • d’une manière d’être de type Cerveau Gauche
  • à une manière d’être de type Cerveau Droit ou, en d’autre termes « le basculement »
  • d’un mode de traitement des données de l’expérience en représentation consciente, logique, rationnelle ou secondarisée, médiatisée par le langage et l’abstraction que permettent les mots (abstraits du perceptif)
  • à un mode de traitement des mêmes données d’expérience, en représentation préconsciente, inconsciente ou primaire, proche de l’état de flottement de la rêverie ou de la capacité de jouer (au sens du playing de Winnicott) et de toute forme d’état créatif ou spontané qui favorise une saisie et une représentation non-verbale du réel.

« En ce sens, et dans une certaine mesure, vous avez raison, Monsieur Moati, : "peu importe la méthode, pourvu qu’on ait l’ivresse". Vous avez été passablement agacé par Caroline Houlbert : " Au début elle m’énervait profondément". Puis vous avez accepté la régression que vous avez vécue : " Je me sens ridicule, tant pis, j’assume… Au fond, je suis un enfant et la situation est douce…"
Je tiens pour ma part à vous remercier. Vous avez conçu un documentaire de qualité (je serai indulgente quant aux remarques techniques que je pourrais faire sur certains points de son contenu). J’ai pu constater qu’il est possible à la télévision, de se dire sans tout dire, de se montrer sans tout dévoiler, et pour un présentateur de s’impliquer authentiquement sans nécessairement s’exhiber. Vous m’avez rassurée sur le bien-fondé d’une " télévision de contenu " (telle est la vocation de France 5). Me reste juste un regret. Je vais le convertir en une requête que je vous adresse. Cette émission est passée à une heure de grande écoute. Dommage cependant que sa réception ait été réservée à celles et ceux qui sont équipé(e)s du satellite. Peut-être sera-t-elle rediffusée un jour ? Si vous pouviez intervenir dans ce sens…je vous en serais infiniment reconnaissante.
Bien respectueusement à vous. »


PS : Les documents photographiques ont été scannés sur le site de France 5.

Addendum (19 09 05)

Je rajoute –j’ai retrouvé cette information après avoir terminé mon écrit – que Serge Moati a produit en 2000, sur FR3, un reportage intitulé « La psy dans tous ses états ».
Je me souviens fort bien de cette émission mais je n’avais pas saisi qu’il s’agissait du même réalisateur. Aussi, c’est avec plaisir que je viens de lire, une bonne critique de cette émission - parue en vidéo depuis,- sur le site « Le Carnet Psy » dont je rapporte ci-après un extrait écrit par Anne-Marie Vaillant.
Au fond, je trouve que nous avons beaucoup de chance que la méthode ESPERE® ait été présentée dans ce documentaire.

« La psy dans tous ses états »
90mn, 2000. Film de Serge Moati. Production FR3.
Qu'est devenue la psychanalyse un siècle après l'invention de Freud ? Comment reçoit-elle le mal-être exprimé par une personne sur 4 ? Qu'y change-t-elle ? L'émission de Serge Moati nous a semblé bien différente des " zappings simplistes" qu'on a tendance à servir aux téléspectateurs aux heures de grande écoute (nous en mesurons quotidiennement l'impact dans nos consultations...).
Ce documentaire, aux qualités techniques incontestables (images, rythme...), ne tombe ni dans le panégyrique, ni dans le "sensationnel", ni dans l'angélisme naïf. Le ton de l'émission est alerte, imprégné de ce "gain d'enfance" attribué au travail analytique par ceux qui en on fait l'expérience. Qu'ils émanent des psychanalystes ou des analysants, les témoignages frappent par leur spontanéité et leur sincérité : sans doute l'équipe de tournage a t-elle su installer, dans son regard et son écoute quelque chose de cette fameuse "neutralité bienveillante" dont il est sans cesse question tout au long de l'émission... »

Maryse Legrand, maryselegrand@orange.fr

 

1 Je reprends ici le terme employé par Serge Moati
2 Ce sont ses propres paroles. « Je suis un bon gars », se dit-il à lui-même

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