Edito

Les enfants n’ont pas tant besoin de jouets que de jouer

05.12.2005 20:53 par Maryse Legrand

Un célèbre pédiatre et psychanalyste anglais appelé Winnicott, nous a appris la différence1 qui existe en anglais entre
  • le « game » c’est-à-dire le jeu strictement défini par les règles qui en ordonnent le cours2, le jeu réglé, le jeu sportif ou le jeu de société ;
  • le « gamble » qui désigne le jeu de hasard ou jeu à risque(s) ;
  • et le « play » qui « se déploie librement », le jeu spontané sans obligation de résultats, (ré)créatif, imaginaire et symbolique ;
  • le « playing » c’est-à-dire le jeu en train de se faire, le jeu de la création ludique. L’usage du suffixe « ing » anglais est là pour insister sur le processus du « se-faisant du jeu » qui se déroule dans l’espace des possibles, sur les rivages de mondes sans fin, comme le dit Tagore, dans une très belle citation reprise par Winnicott en exergue de son article « La localisation de l’espace culturel » paru dans Jeu et réalité : « On the seaschore of endless worlds, children play » « Sur le rivage de mondes sans fin, les enfants jouent. »
Jouer ne va pas de soi. La psychopathologie est là pour en témoigner depuis l’incapacité radicale à jouer de certains enfants autistes, les bizarreries du jeu psychotique, les aléas ou les fragilités du jeu chez les enfants instables, jusqu’aux jeux à risque et autres conduites extrêmes et dangereuses de certains adolescents, ou aux véritables addictions de certains adultes "passionnés » de jeux3.

Parmi les jeux, j’accorderai une place à part ici, aux jeux qui passent par une relation et qui pourraient être regroupés sous la dénomination du « Jouer-avec ». Que l’on songe aux jeux de découverte des enfants : le jeu de papa/maman, le jeu du docteur, le jeu de la maîtresse d’école ou le jeu du loup … Ils ont pour précurseurs chez le bébé le « jeu du coucou » le jeu des chatouilles, le jeu des marionnettes, les jeux de construction, d’emboîtement…

« Les bébés ont besoin de jouer pour se construire et ils ont besoin de jouer avec des adultes qui savent et qui aiment jouer, c’est-à-dire des adultes qui sont restés en lien avec leurs propres parties "bébés". Cette pleine aptitude au jeu est éminemment fragile chez certains adultes4

Le jeu peut même avoir une valeur anti-traumatique ou de résilience pour le bébé. Une pédiatre Hongroise, Emmy Pikler a montré que le jeu apparaît très tôt dans la vie de l'enfant et qu'il a une fonction "soignante" d'emblée très développée. Emmy Pikler travaille dans des pouponnières d’enfants abandonnés.

[…] je propose5 de vous rendre à L?czy, dans les pouponnières dont s’occupe Pikler, et même d’être à ses côtés lors de sa rencontre avec les bébés qui y sont admis.

Le bébé est là, posé sur le dos, libre de ses mouvements, il a quelques semaines, un âge où on ne s’attend pas forcément à ce qu’il se saisisse des objets placés à sa portée pour jouer. Pikler est pensive tout en regardant le bébé. Elle pense que cet enfant, comme la plupart de ceux de la pouponnière, a été abandonné par ses parents, elle pense aux soins corporels de qualité qu’il faut prodiguer à ses enfants pour qu’ils puissent se développer convenablement. Elle pense aussi à l’importance qu’elle a été, petit à petit, conduite à attribuer à la permanence des mêmes soignants pour le bon développement psychique des bébés. Tout cela, elle le sait bien, n’est qu’un palliatif au manque d’une vraie relation parentale, les enfants sont souvent déprimés.

Un temps a passé, Pikler, surprise et émerveillée, aperçoit le bébé qui, maladroitement, mais spontanément, s'est emparé d'un petit objet à sa portée. Il le porte à sa bouche avec ce qui lui semble bien se présenter comme un rythme, il le retourne, semble le regarder, le porte à la bouche, le suce, le lâche, le reprend etc.

Émerveillée, Pikler remarque que tout semble se passer comme si le bébé répétait pour son propre compte les circonstances d'une tétée, comme s'il « jouait » à la tétée, comme s'il commençait à symboliser dans le jeu, l'expérience du nourrissage. Quand l'objet a échappé des mains maladroites du nourrisson, elle a eu un mouvement intérieur pour lui restituer l'objet, mais elle s'est retenue, a réfréné son mouvement, puis a constaté qu'il « retrouvait » l'objet seul, le délaissait, le retrouvait de nouveau sans son intervention. Sans doute même, toute intervention aurait-elle interrompu la valeur de l'activité à laquelle le bébé se livrait : librement. De temps à autre celui-ci tourne la tête en sa direction, comme s'il s'assurait qu'elle « autorisait » par son absence d'intervention son « droit » et son « pouvoir » de s'adonner « librement » à ce qui ressemblait déjà à un jeu. Adultomorphisme ? Peut-être bien, comment savoir ? L'émerveillement de Pikler devant ce qui lui paraît, illusion ou pas, comme la première activité de « symbolisation » de l'expérience, la première manifestation autonome de sa vie d'âme, cet émerveillement lui, n'est pas feint. N'est-ce pas la lumière que lui réverbère cet émerveillement que le bébé guette dans les yeux de celle-ci ? L'émerveillement de Pikler devant cette activité qu'elle attribue aux prémisses d'une « vie psychique », produit chez elle un véritable sentiment esthétique, c'est aussi ce qui l'a retenue d'intervenir.

Dans les jours et les semaines qui suivent, et avec différents bébés, Pikler multiplie les observations de ce qu'elle nomme maintenant, faute de mieux l'« activité libre spontanée des nourrissons ». Elle sensibilise les autres soignants de la pouponnière à la reconnaissance et au respect de ces mouvements. Elle découvre ainsi petit à petit que l'activité ne se déroule pas dans n'importe quelles circonstances.

Il faut que le bébé n'ait pas faim, qu'il n'ait pas sommeil, qu'il y ait la présence d'un adulte « connu » auquel l'enfant ait déjà été « habitué », que cet adulte investisse l'activité de l'infans sans intervenir.

Plus tard, après avoir organisé systématiquement et régulièrement des séances d'activité libre spontanée dans « l'emploi du temps » des bébés, elle découvre que les bébés ainsi soignés sont beaucoup plus « résilients » aux dépressions […], qui ne manquent généralement pas de se manifester dans ce genre d'établissement. Tout semble se passer comme si la liberté donnée aux bébés de commencer à « symboliser » leur expérience, augmentait la tolérance de ceux-ci à des conditions imparfaites d'environnement, au moins dans une certaine mesure. Mieux, la résilience acquise des bébés à la dépression […] confirmait l'intuition d'une activité de symbolisation, ou de présymbolisation et de la véritable manifestation d'une vie d'âme, à travers l'activité libre spontanée. »

La valeur thérapeutique de ces expériences de jeu libre, tient également au fond de présence et d’absence sur lequel elles se déploient. Ce rythme des temps d’absence et de présence constitue le mouvement dynamique à partir duquel la représentation de l’absence de l’adulte de référence va se constituer. Cette représentation ne peut se fonder qu’à partir des temps de présence, tout comme « la présence de la mère6 ne peut prendre corps et s’inscrire dans le psychisme de l’enfant qu’en fonction des absences de cette mère en chair et en os. Ce sont les départs suivis des retours qui tissent le fil de ce qui sera intériorisé comme la relation. Ce sont eux qui donnent accès à un sentiment de sécurité avec l’autre et loin de l’autre (quand les allées et venues peuvent être suffisamment fiables et prévisibles).

« Ce qui est frappant à Loczy7, me semble-t-il , c’est le travail qui est fait précisément, sur la dialectique entre absence et présence.

Comme on le sait, une très grande attention est accordée aux moments de rencontre avec chaque enfant à l’occasion des soins, des repas ou du change par exemple, mais entre ces différents moments où la nurse intervient bien entendu par la qualité de sa présence, l’enfant vit des moments d’activité libre dont le rôle est également extrêmement important.

Il ne s’agit en rien de laisser l’enfant seul, comme certains ont pu le craindre.

Il s’agit, au contraire de laisser l’enfant, ou plutôt les enfants concernés, sans relation directe avec un adulte qui s’occupe alors d’un autre enfant, mais à côté de cet adulte.

Pendant ces moments d’activité libre, il est de fait impressionnant et émouvant de voir l’enfant se livrer à un véritable travail psychique : tout se passe comme s’il tentait alors, en s’appuyant sur le souvenir de sa récente rencontre avec l’adulte, de symboliser ou de pré-symboliser ces restes mnésiques à travers la manipulation des objets mis à sa disposition ou même de son corps propre.

On a ainsi le sentiment d’assister à un authentique travail d’exploration et de créativité (proto)symbolique qui certes, permet à l’enfant de supporter la relative distanciation psychique de l’adulte, mais qui n’est pas un travail s’effectuant en l’absence, stricto sensu, de celui-ci.

On sait en effet, que l’attention dont témoignent les petits enfants à l’égard des objets dépend fondamentalement de la qualité de l’attention que les adultes leur portent, au sein d’un "dialogue des attentions".

Tout ceci se joue donc quelque part entre l’absence et la présence de l’adulte.

Il y a eu présence puis départ de l’adulte, l’enfant est désormais à côté mais sans interrelation directe entre l’adulte et l’enfant, et celui-ci figure dans son corps, dans son comportement et dans sa manipulation des objets, le souvenir de la présence et du lien qui n’est plus, qui est momentanément interrompu mais seulement partiellement car l’attention de l’adulte se poursuit à distance.

Entre l’absence et la présence c’est la valeur de l’écart qui prend ainsi tout son sens et qui fonctionne comme un véritable stimulus des processus de symbolisation précoces de l’enfant. »


Plus couramment il peut nous arriver d’observer cette petite scène : un bébé joue tranquillement dans son parc, il est absorbé par une activité d’exploration et de découverte qu’il a entreprise en manipulant l’un ou l’autre des jouets amoncelés tout autour de lui. Son père, sa mère, ou les deux, ou un proche est près de lui ou à distance et le regarde, tout absorbé lui aussi par le spectacle de cet enfant qui joue. De temps à autre, le bébé relève la tête ou se retourne en direction du ou des adultes présents. Il lui/leur sourit, il est même fier. On dirait qu’il vient juste cueillir sur le visage des adultes aimants, un regard admiratif et un sourire émerveillé. Puis, après avoir ainsi fait provision de présence, il s’en retourne à son occupation et continue à jouer dans ce climat paisible, calme et rassurant. Il peut se concentrer et rester seul un moment, jusqu’à ce qu’il ressente l’absence. Alors il se retourne à nouveau, illuminé de joie, et vient s’assurer qu’il n’est pas vraiment tout seul tout le temps. Ces séquences de jeu libre dureront plus ou moins longtemps selon la disponibilité de l’adulte et de l’enfant.

Parmi tous les besoins que peut avoir le tout petit enfant, il y a aussi un besoin essentiel de « nourriture psychique » et d'un quantum d’activités symboligènes suffisant pour pouvoir soutenir ses propres processus de symbolisation et d’appropriation personnelle des réalités qu’il découvre et rencontre. « Un temps de solitude accompagnée « pour » la symbolisation est tout aussi essentiel à un bon développement qu’un maternage correct 8. »

La nature et la qualité de ces expériences précoces sont déterminantes. D’elles dépendra notre capacité à devenir des adultes sensibles, aptes à se mouvoir dans l’espace des possibles, de la pensée rêvante et des symbolisations de toutes sortes. Je pense ici, bien sûr tout particulièrement à ces démarches ou jeux interrelationnels symboliques que propose Jacques Salomé dans la méthode qu’il a initiée sous la dénomination de méthode ESPERE.

Les expériences précoces de libre jeu vont aussi préparer notre capacité à communiquer relativement librement, en jouant avec tact et doigté la gamme du dire, de l’écouter, de l’entendre tout en sachant feutrer les échanges par la liberté de ne pas forcément « tout dire » et par la possibilité de nous préserver des temps d’intimité plus personnelle. De ces mêmes expériences d’activité libre spontanée de l’enfance, vont dépendre notre disposition à établir la bonne distance avec l’autre, notre capacité à pouvoir créer cette « subtile communication entre deux êtres qui s’échappent à l’intérieur d’eux-mêmes, chacun étant seul, heureux de l‘être, apaisé et sans désir d’interaction ou de communication active, et que cependant, dans cet état sans but et sans exigence, la présence de l’autre importe à chacun, le confirme et l’agrandit jusqu’au plus profond de lui. »

« C’est auprès de sa mère que le tout petit enfant devrait pouvoir construire sa capacité à être seul en présence de l’autre. Certain de la disponibilité maternelle, il peut être, rêver, ou jouer seul. Il expérimente un espace, où, paradoxalement, il peut oublier l’autre parce qu’il sait qu’il ne le perd pas.

Bien des mères font intrusion dans cet espace fragile et compromettent l’apprentissage fondamental de la solitude. Elles interviennent, commentent le jeu, questionnent, manifestent leur intérêt et détruisent par leurs bonnes intentions cet instant suspendu que le petit vivait en dehors d’elles. Il était sur le fil du rasoir entre la solitude-abandon et la relation-dépendance. Il explorait sa capacité à exister entier, non entamé par l’existence de l’autre qui pourtant restait essentielle.

Dans les relations de couple ou d’amitié, ces moments de silence partagé m’apparaissent miraculeux, car il y a souvent un décalage entre les attentes de chacun ou une incapacité à ne pas être envahi ou parasité par une présence à ses côtés.

Ainsi, cet homme qui conduit et se laisse bercer par le mouvement doux de la voiture dans un paysage de neige. Il est détendu, entre rêveries et pensées, réfugié en lui-même, paisible de sentir cette femme à ses côtés et de ne pas penser à elle. Mais elle est inquiète de ce silence qu’elle comprend comme un retrait, une gêne, un refus. Et puis elle voudrait reprendre cette conversation interrompue la veille, profiter de ce moment pour enfin lui dire ce qu’elle a sur le cœur depuis hier, pour l’entendre dire ce qu’il a ressenti. Peut-être va-t-elle rompre le silence d’un « Tu ne dis rien ? » plein de reproche, d’anxiété ou d’attente.

La communication libre s’appuie sur l’acceptation et le plaisir de mener une double vie : ma vie avec l’autre, avec les autres, et ma vie à moi où, affectivement, je me suffis moi-même. »


1/ Je reprends ici les distinctions introduites par Fabien Joly (psychothérapeute, psychologue, psychomotricien, enseignant et chercheur à Paris VII) en introduction du Congrès National sur le Jouer qui s’est tenu à Lyon en juin 2002.
2/ J.-B Pontalis dans la préface de Jeu et réalité de Winnicott, Gallimard, 1975, 2000.
3/ En substance, Fabien Joly, lors du colloque de Lyon.
4/ Bernard Golse (Pédopsychiatre, chef de service de l’Hôpital Necker enfants malades, professeur de psychiatrie de l’enfant à Paris V) lors du Colloque sur le Jouer de Lyon.
5/ C'est René Roussillon qui parle dans un article paru dans « Le transitionnel et l’indéterminé » dans Les processus psychiques de la médiation. Créativité, champ thérapeutique et psychanalyse. Bernard Chouvier et al, Dunod 2002.
6 Il est bien entendu que le vocable « mère » est employé dans un sens générique et qu’il désigne toute autre personne qui occupe cette place auprès d’un enfant. C’est moi qui précise (ML).
7/ Bernard Golse lors du Congrès sur le Jouer de Lyon.
8/ René Roussillon, ibid.
Ce passage est un extrait de Si je m’écoutais je m’entendrais, Editions de l’homme, 1991, 24-25, Sylvie Galland et Jacques Salomé.

Maryse Legrand, maryselegrand@orange.fr

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