Edito

Pensons à prévenir les pics de pollution relationnelle.

30.06.2005 20:56 par Maryse Legrand

Je roule sur l’autoroute en ce début d’été. La température dépasse allégrement les 30 degrés. À distances régulières des messages visuels de vigilance ou d’alerte, défilent sur des prompteurs, à l’attention des automobilistes : « Ceinture attachée = sécurité » « Pic de pollution. Moins 20 km/h obligatoire ». Je lève le pied de l’accélérateur.

Dans le hall de gare que je traverse, des slogans anti-canicule rappellent aux voyageurs de prendre quelques précautions élémentaires pour leur santé : « Pensez à votre bouteille d’eau ». J‘en achète une.

Je monte maintenant dans le train. L’intérieur est climatisé mais je m’expose à d’autres sortes de pollutions. Je me demande lequel de mes voisins de compartiment, que je ne connais ni d’Ève ni d’Adam, va allumer son téléphone portable ou répondre à un appel et m’imposer par le menu, le déroulement de sa soirée de la veille, les déboires de sa journée au bureau ou que sais-je encore ? Une jeune femme installée de l’autre côté de l’allée centrale a tôt fait d’engager une conversation. Je patiente le temps d’une communication. À peine a-t-elle raccroché qu’elle s’apprête à composer un nouveau numéro. J’ose lui demander de bien vouloir téléphoner sur la plateforme. Elle se lève de mauvaise grâce, et me voilà en une riposte reléguée dans la catégorie des « vieux aigris» Je ne prends pas cette pollution verbale. Je laisse à l’envoyeur la responsabilité de ce jugement réactionnel.

Pour tout dire, je rentre d’une journée de travail passée à Paris avec mes collègues et amis de l‘Institut ESPERE International. Nous avons, - entre autre sujet à l’ordre du jour -, débattu de diverses actions à mettre en œuvre pour promouvoir la méthode ESPERE conformément à l’une des missions que nous nous sommes fixées en créant cette association en 2002.

Toutes ces bribes d’informations recueillies pêle-mêle au cours de ces derniers jours font sans doute leur mystérieuse œuvre souterraine sans que j’en aie vraiment conscience. Toujours est-il qu’une idée finit par émerger. Je me mets à imaginer des campagnes d’information et des messages d’écologie relationnelle qui défileraient sur des prompteurs dans divers lieux publics.

Dans nos supermarchés par exemple, au-dessus des caisses, nous pourrions les lire pendant les files d’attente.

« Reproches –Accusations – Chantage – Menaces = Pollutions relationnelles à éviter »

« C’est celui qui reçoit un message qui lui donne son sens »

« Pensez à parler de vous à votre interlocuteur, quel qu’il soit, et évitez de parler "sur" lui »

J’imagine des bandeaux lumineux aux carrefours de nos villes, à hauteur de feux clignotants, sur lesquels seraient égrenées quelques règles d’hygiène relationnelle élémentaires ou des messages simples de sensibilisation pour développer la responsabilisation de chacun.

« Quelle est cette impatience qui vous agite ? »

« Il y a les faits (ce qui se passe) et ce que vous en faites. »

J’imagine des rappels de définitions simples dans des salles de réunions ou de classe, des illustrations humoristiques ou des petits textes dans les salles d’attente ou autres.

« Communiquer c’est mettre en commun des ressemblances ou des différences et confronter parfois des points de vue inconciliables.»

« Exercer son autorité c’est permettre à l’autre de devenir auteur »

Dans différents domaines de la vie quotidienne nos moeurs changent progressivement ou rapidement, et les évolutions constatées sont parfois imposées par la conjoncture. Depuis la canicule de 2003, et en un an – si l’on se réfère à la même période de fin juin – les ventes d’eau ont augmenté de 60 % et, parallèlement, notre consommation de bière et de boissons sucrées a significativement diminué. En quelques années, nous avons désappris à fumer dans de nombreux lieux publics. Nous avons aussi pris de nouvelles habitudes citoyennes et introduit des gestes écologiques ou « écogestes »dans nos vies : trier le contenu de nos poubelles, penser à éteindre nos appareils électriques, et à ne pas laisser couler trop longtemps l’eau de nos robinets… Ces réflexes, nous les avons acquis à la suite de campagnes de sensibilisation, d’information, de publicité, à force de rappels (à l’ordre) de diverses sortes.
Nos mœurs évolueront encore, que nous le voulions ou non, de gré ou de force. Nous pourrions élargir la définitions que nous donnons au terme de pollution, et y inclure toutes celles dont nous sommes les agents directs, celles en particulier, que nous produisons nous-mêmes par notre manière de communiquer (ou, plutôt, dans le cas d’espèce…d’incommuniquer). Nous pourrions d’ores et déjà réfléchir et innover afin d’agir préventivement dans ce domaine, sans nécessairement attendre que la pollution relationnelle n’atteigne sa cote d’alerte sur la planète TAIRE.

Maryse Legrand, maryselegrand@orange

Quelques lectures conseillées (ouvrages de Jacques Salomé)

T’es toi quand tu parles.
Heureux qui communique.
Vivre avec les autres.
Pour ne plus vivre sur la planète TAIRE.

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